L'avenir de la presse

Conseil
Photo d'illustration de perldude

La sortie du rapport de Marc Tessier, La presse au défi du numérique (71 pages, PDF, 586 Ko) est l'occasion, outre le fait de constater que le gouvernement actuel reste dans sa faille spatio-temporelle, de montrer que le numérique est l'avenir de la presse.

La presse, quotidienne en particulier, n'en fini plus de s'alarmer de la crise, de fustiger les menaces pesant sur l'information et de dénoncer la mascarade du journalisme citoyen. Est-ce justifié ?

Nous sommes dans la société de l'information où les médias sont omniprésents. S'il y a crise ce n'est donc pas celle des médias ou de l'information. Selon l'Association mondiale des journaux (AMJ), la diffusion de la presse dans le monde a progressé de 9,95 % entre 2000 et 2005 (Le Monde via Choingmedia). S'il y a crise ce n'est donc pas celle de la presse. L'AMJ montre que cette progression est essentiellement due aux quotidiens gratuits (+137 %). La crise concerne donc avant tout le presse quotidienne payante, c'est à dire un modèle économique.

Dans The Vanishing Newspaper (dont seule la page 201 présente un réel intérêt), Philip Meyer résume bien la situation : les journalistes ont oublié quel était leur métier. Il pensent que leur métier est de vendre du papier, alors qu'en fait il est de diffuser de l'information. La réaction des journaux face à la baisse du lectorat est immuable : baisse des coûts se traduisant par une baisse de la qualité et augmentation du prix, ce qui provoque immanquablement une baisse un peu plus prononcée du lectorat...

La presse doit comprendre que les modes de consommation de l'information ont changé avec l'arrivée du web et qu'elle doit s'y adapter :

  • Augmenter la qualité des articles papiers sous forme d'analyses et de synthèses
  • Diminuer le prix de la publication papier
  • Augmenter le prix des publicités du papier (justifié par l'augmentation de la diffusion)
  • Transférer les articles brefs et factuels sur un site web, qui ne soit pas une simple copie de la version journal (contrairement à ce que fait et revendique le Monde Diplomatique
  • Fournir des outils aidant le lecteur dans sa consommation d'information numérique

Ce dernier point constitue l'enjeu du prototype que nous réalisons actuellement à l'AFP.

Photo d'illustration de inju

La presse doit également comprendre que les blogueurs et autres journalistes citoyens loin d'être des concurrents représentent une nouvelle source d'information quasiment inépuisable. Grâce à la technologie, chacun peut être producteur d'information factuelle en prenant une photo ou en relatant sur son blog un événement dont il a été témoin. Chacun peut également être producteur d'information analytique dans son domaine d'expertise. Mais comme toute technologie, celles de l'information peuvent produire le meilleur comme le pire. C'est donc ici, que le journaliste professionnel retrouve pleinement son rôle : celui de séparer le bon grain de l'ivraie, faire un véritable travail d'investigation pour analyser et synthétiser les données avant de les diffuser sous une forme compréhensible et digeste à son lectorat. Cela nécessite donc que les journalistes ne soient plus des techniciens de l'information se contentant de retranscrire les dépêches AFP ou les communiqués en provenance des agences de relation presse ou du gouvernement.

Enfin, bien que les blogueurs et autres journalistes amateurs puissent s'adresser directement au public, ils doivent se faire connaître et fournir un contenu reconnu comme étant fiable et de qualité. Seuls quelques personnes peuvent atteindre ce statut. Un autre problème est que si un lecteur décide de s'informer exclusivement par les blogs, il doit faire un travail constant de recherche de blogs pour les ajouter à son agrégateur de flux. Cette dispersion des sources d'informations est clairement un atout pour les sites de presse connus et reconnus. Ils constituent des points de centralisation d'une information de qualité accessible à tous.

Si les journalistes accepte que leur métier n'est pas de vendre du papier mais de diffuser de l'information qu'il auront produit par analyses et synthèse d'information obtenues à partir de sources toujours plus nombreuses et variées, leur avenir est assuré. En abandonnant son édition papier pour ne conserver que son édition numérique, le Post-och Inrikes Tidningar fondée en 1645 ne s'est sans doute pas trompé et restera encore longtemps le plus vieux journal au monde.